L’entrepreneuriat féminin : un potentiel en plein essor

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À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, célébrée le 8 mars, l’entrepreneuriat féminin mérite une attention particulière. Si les femmes sont de plus en plus nombreuses à se lancer dans l’aventure entrepreneuriale, elles restent encore sous-représentées parmi les dirigeant·e·s d’entreprises en Suisse.

Créer ou reprendre une entreprise requiert audace, détermination et résilience. Pour les femmes, ce parcours peut toutefois comporter des défis supplémentaires : confiance en soi, réseaux professionnels, syndrome de l’imposteur plus marqué ou encore équilibre entre vie privée et vie professionnelle à gérer. Malgré ces obstacles, l’entrepreneuriat féminin progresse, porté par une nouvelle génération de dirigeantes souhaitant donner davantage de sens à leur activité et contribuer à l’économie locale.

Un entrepreneuriat en croissance, mais encore minoritaire

En Suisse, les femmes représentent aujourd’hui près de 40 % des personnes entrepreneures. Cette progression est notable, mais l’écart avec les hommes reste significatif, notamment dans les créations et reprises d’entreprises.

Cette réalité se reflète également dans les données de la Fondation d’aide aux entreprises (FAE). Au 31 décembre 2025, la fondation comptait près de 220 entreprises* soutenues dans le canton de Genève. Parmi elles :
• 20 % sont dirigées par des femmes
• 80 % par des hommes (ou projet mixte)

Les montants moyens de soutien illustrent également cet écart :
• CHF 199’156 en moyenne pour les entreprises dirigées par des femmes
• CHF 289’789 pour celles dirigées par des hommes

Toutefois, l’évolution observée sur plusieurs années témoigne d’une dynamique encourageante. Entre 2016 et 2025, la part d’entreprises dirigées par des femmes soutenues par la FAE est passée de 10 % à 20 %, soit un doublement en moins d’une décennie. Cette progression traduit une présence féminine croissante parmi les projets entrepreneuriaux sollicitant un soutien financier.

Les montants moyens accordés aux entreprises dirigées par des femmes ont également augmenté de manière significative, passant d’environ CHF 156’000 en 2016 à près de CHF 199’000 en 2025, soit une hausse d’environ 27 %. Dans le même temps, les montants moyens accordés aux entreprises dirigées par des hommes ont progressé de CHF 222’000 à près de CHF 290’000, soit une augmentation d’environ 30 %.

Si un écart persiste (tant en nombre de dossiers qu’en montant financé), ces tendances montrent néanmoins une montée en puissance progressive des projets portés par des femmes et une diversification croissante de l’entrepreneuriat soutenu dans le canton.

 

Entreprendre : quête de sens et d’indépendance

De nombreuses entrepreneures se lancent après une première carrière professionnelle, souvent dans de grandes organisations ou dans des secteurs structurés comme la finance ou les services. À un moment charnière de leur parcours, elles souhaitent donner davantage de sens à leur activité ou développer un projet plus personnel.

La recherche de flexibilité joue également un rôle important. L’entrepreneuriat peut offrir la possibilité d’organiser différemment son temps de travail et de mieux concilier ambitions professionnelles et vie familiale.

Ces projets s’inscrivent fréquemment dans une démarche fondée sur des valeurs fortes : impact sociétal, proximité avec la clientèle ou volonté de créer une entreprise à taille humaine.

Des obstacles persistants, notamment dans l’accès au financement

Si les discriminations explicites sont rarement évoquées, certaines entrepreneures indiquent devoir faire davantage leurs preuves pour être reconnues comme crédibles, notamment dans des secteurs traditionnellement masculins.

L’accès au financement demeure l’un des principaux défis pour les entrepreneures. À l’échelle nationale, la grande majorité des capitaux levés par les start-ups continue d’être attribuée à des équipes masculines. Selon le Swiss Venture Capital Report 2024, seules 9,3 % des sommes investies en Suisse ont été allouées à des équipes fondées exclusivement par des femmes. Plusieurs facteurs peuvent expliquer cet écart : biais inconscients, stratégies de croissance souvent plus prudentes ou réseaux d’investisseurs majoritairement masculins.

Faciliter l’accès au financement constitue ainsi un levier essentiel pour encourager l’entrepreneuriat féminin.

Entre ambition entrepreneuriale et vie familiale

La conciliation entre vie professionnelle et vie familiale demeure un enjeu important pour de nombreuses dirigeantes. Les premières années d’une entreprise exigent un engagement considérable, alors que les femmes continuent d’assumer une part importante des responsabilités domestiques.

Certaines entrepreneures choisissent ainsi de s’associer afin de partager les responsabilités et préserver un équilibre entre leurs différentes sphères de vie.

Un écosystème genevois engagé

Au moment de se lancer, beaucoup d’entrepreneures soulignent la difficulté d’identifier les bons interlocuteurs pour obtenir des conseils ou développer des partenariats. Les réseaux et communautés d’entrepreneures jouent donc un rôle essentiel.

Ces espaces permettent de partager des expériences, confronter des idées et bénéficier du retour de dirigeantes ayant traversé des étapes similaires. Ils contribuent également à renforcer la confiance et à dépasser un sentiment fréquent chez les porteuses de projets : le doute quant à leur légitimité.

Parmi eux, GENILEM, qui accompagne les porteurs et porteuses de projets depuis plus de trente ans, joue un rôle clé dans l’écosystème régional. L’organisation a notamment initié, le 12 février dernier, la journée « Les Game-Changeuses » dédiée à l’entrepreneuriat féminin, avec un groupe d’entrepreneures dont faisait partie une représentante de la FAE. Cet évènement a réuni entrepreneures, expertes et institutions autour d’ateliers pratiques sur des thématiques telles que la levée de fonds, la gestion financière ou le leadership.

Autre acteur important, APRÈS-GE, réseau de l’économie sociale et solidaire, rassemble plusieurs centaines d’organisations engagées à Genève et soutient de nombreuses initiatives portées par des femmes, notamment dans l’entrepreneuriat social.

Plusieurs réseaux complètent cet environnement, dont Genuine Women, Business and Professional Women Geneva, Career Women’s Forum, Femmes PME Suisse romande ou EmpowHer Swiss, contribuant à renforcer la visibilité et les opportunités des entrepreneures.

Le rôle de la Fondation d’aide aux entreprises

La Fondation d’aide aux entreprises s’inscrit pleinement dans cet écosystème de soutien. À travers ses principaux instruments financiers – cautionnements bancaires et avances de liquidités – elle contribue à faciliter l’accès au financement pour les entreprises du canton de Genève, sans différenciation de genre.

La fondation participe également à plusieurs initiatives favorisant l’entrepreneuriat féminin, notamment les groupes de réflexion sur l’égalité des chances avec d’autres acteurs de soutien genevois. Elle est par ailleurs présente dans différents rendez-vous économiques, tels que le Forum Management durable de la HEG Genève ou les petits-déjeuners durabilité du Département de l’économie et de l’emploi, qui favorisent les échanges entre entrepreneur·e·s, expert·e·s et institutions financières.

Un mouvement en marche

L’entrepreneuriat féminin progresse à Genève comme ailleurs. Les femmes sont toujours plus nombreuses à envisager la création ou la reprise d’une entreprise comme un véritable projet professionnel.

Encourager cette dynamique ne relève pas seulement d’une question d’égalité. C’est aussi un enjeu économique majeur : la diversité des parcours et des visions constitue une richesse pour l’innovation et le dynamisme du tissu économique local.

* Hors entreprises soutenues par des prêts directs exceptionnels durant la pandémie Covid-19

Source : Office fédéral de la statistique (OFS) – Enquête suisse sur la population active (ESPA) / Portail PME de la Confédération (SECO) / Office fédéral de la statistique / Statistique sur la démographie des entreprises – OFS / Enquête suisse sur la population active (ESPA) – OFS.